Le lac est paisible.
Seule une petite brise, délicate, passagère, lui donne des frissons.
De temps à autre, une bulle vient crever la surface de l’eau.
L’onde se déploie, lentement. Puis s’enhardit, se renforce.
Bousculé, le nénuphar frémit à peine. Il reprend la pose, souverain.
Mais d’autres bulles prennent le relais. D’où viennent-elles ?
Peut-être d’un brochet en chasse ou d’un ver qui remue la vase.

A moins que ce ne soit le souffle de Michel Loup.
Silencieux, le photographe vagabonde entre deux eaux.
A l’affût de la lumière. La plus belle, la plus incroyable, la plus magique.
Celle qui d’un seul rayon viendra illuminer la forêt subaquatique et iriser
l’oeil de la tanche.
Celle qui fera scintiller le banc de perchettes et enflammera les nénuphars.

Aino Adriaens
Texte extrait du livre « A fleur d’eau »

 


 

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Michel Loup Photographe professionnel en eau douce

 
Pourquoi l’eau ? Pourquoi le lac ?

On m’a souvent posé ces questions, sans que je puisse donner une réponse claire et absolue.
Inconsciemment, je crois que j’ai toujours été attiré par l’élément liquide.
Enfant, je passais des heures au bord des rivières, à chercher des petites bêtes sous les pierres glissantes, et à taquiner les gardons des étangs.
Mouvante et polymorphe, mystérieuse et sauvage, l’eau me fascine.
Et je n’ai eu de cesse de la capter sous toutes ses formes et dans tous les paysages dès que j’ai commencé à manipuler un objectif.
J’ai appris à plonger à l’âge de 20 ans, mais ce n’est pourtant que 17 ans plus tard que je me suis glissé dans le lac.
Avant de m’immerger, je me suis créé tout un imaginaire par la contemplation et la découverte.
Saisir depuis les rives la magie des reflets sur l’eau et des brumes matinales me suffisait amplement.
Mais petit à petit, l’envie m’est venue d’aller voir ce qu’il y avait sous les nénuphars.
Et l’émerveillement fût immédiat. Sous l’eau, j’ai découvert des paysages fantastiques et des formes insoupçonnées.
Enfin débarrassé du dictat de la ligne d’horizon, le photographe paysagiste que je suis a renoué avec le plaisir du paysage simple, primaire dans ses couleurs et sobre dans ses lignes. J’ai retrouvé le rêve et l’illusion au travers des flous et des reflets qui se présentaient cette fois en sens inverse.
Un nouveau terrain de découverte, vierge et inconnu, s’ouvrait devant moi.

Les années ont passées, mais le plaisir est resté intact. Lorsque je pénètre sous la surface d’une rivière ou d’un lac,
j’ai toujours cette sensation de quitter un monde pour en retrouver un autre, plus pur, assez proche de l’idée que je peux me faire du « sanctuaire originel ».
Il est vrai que cet environnement suscite une ambiance parfois un peu mystique, notamment lorsque la lumière filtre à travers la voûte forestière des nymphéas.
Dans cette opalescence étrange qu’est le monde subaquatique, l’esprit et les sens développent une sensibilité extrême. Il faut anticiper les choses dans cet univers où tout se fond dans le brouillard; il faut apprendre à voir au-delà des apparences et du trouble, au-delà de son propre regard… et à disparaître aux yeux des êtres qui hantent ces lieux.

Propos recueillis par Aino Adriaens